Peut-on facturer sa propre SAS avec son auto-entreprise ?
La réponse courte : oui, c'est légal. Un auto-entrepreneur peut tout à fait émettre des factures vers une SAS dont il est associé ou dirigeant. Mais cette opération attire l'attention de l'administration fiscale pour une raison simple : elle peut servir à contourner les charges sociales et fiscales normalement applicables aux dividendes ou à la rémunération de dirigeant.
Pourquoi cette configuration est légalement possible
Une micro-entreprise et une SAS sont deux personnes juridiques distinctes. Rien n'interdit à deux entités distinctes de se facturer des prestations, même si elles ont le même gérant ou associé. Le droit commercial français ne pose pas de restriction sur ce type de transactions inter-entités.
En pratique, cela signifie que vous pouvez :
- Vendre des prestations intellectuelles (conseil, développement, marketing) depuis votre micro-entreprise vers votre SAS
- Percevoir ces revenus sous le régime micro-fiscal (abattement 34 % ou 50 % selon l'activité)
- Cumuler cela avec une rémunération de président de SAS, sous conditions
⚡ OBLIGATION LÉGALE
La facture électronique entre en vigueur
Dès le 1er septembre 2026, toutes les entreprises doivent être en mesure de recevoir des factures électroniques. Vérifiez en 2 minutes que votre entreprise est prête.
Suis-je prêt ? →La condition centrale : la justification économique réelle
C'est là que tout se joue. L'administration fiscale ne s'intéresse pas à la légalité formelle de l'opération, mais à sa substance économique réelle.
La question posée lors d'un contrôle : cette prestation aurait-elle pu être achetée à un tiers indépendant pour le même prix, avec le même résultat ?
Si oui : l'opération est valide. L'auto-entrepreneur apporte une valeur ajoutée distincte de son rôle de dirigeant.
Si non : l'administration peut requalifier les sommes en rémunération de dirigeant ou en distributions déguisées, avec redressement à la clé.
Les risques concrets : abus de droit et requalification
L'abus de droit fiscal
L'article L.64 du Livre des procédures fiscales permet à l'administration de requalifier toute opération dont le but est exclusivement fiscal. Si votre micro-entreprise facture massivement votre SAS sans activité réelle traçable, vous exposez les deux entités à un redressement.
Cas concret : un dirigeant de SAS crée une micro-entreprise conseil et facture 30 000 € par an à sa SAS. Lors d'un contrôle, l'inspecteur demande : quels livrables ? quels contrats ? quelle différence avec votre mission de président ? S'il ne trouve aucune distinction claire, le redressement porte sur les cotisations sociales non payées et l'IS optimisé à tort.
Le risque de travail dissimulé
Si les prestations facturées correspondent en réalité à un travail salarié (horaires fixes, subordination, matériel fourni par la SAS), l'URSSAF peut requalifier la relation en contrat de travail. Les conséquences : paiement des charges patronales et salariales sur toute la période, majorées des pénalités.
Comment sécuriser l'opération en 2026
- Contrat de prestation écrit : définissez précisément l'objet, le prix, les livrables et les délais, comme vous le feriez avec un client externe
- Prix de marché : le tarif doit être cohérent avec ce que vous factureriez à un tiers
- Activité distincte du mandat social : la prestation doit porter sur des compétences spécifiques que vous n'utilisez pas dans votre rôle de dirigeant
- Livrables traçables : conservez les rapports, codes sources, études, ou tout document prouvant la réalité de la prestation
- Volume raisonnable : si votre micro-entreprise facture 90 % de son CA à votre propre SAS, le schéma devient suspect
Le traitement fiscal de ces revenus
Du côté de l'auto-entrepreneur, les sommes facturées sont soumises au régime micro-BIC ou micro-BNC avec abattement forfaitaire :
- 71 % d'abattement pour les activités de vente de marchandises
- 50 % pour les prestations de services commerciales (BIC)
- 34 % pour les activités libérales (BNC)
Du côté de la SAS, la prestation est déductible du résultat imposable si elle répond aux critères habituels.
Le plafond, angle mort du montage. Ce que vous facturez à votre SAS consomme votre plafond de micro-entreprise comme n'importe quel autre chiffre d'affaires. Depuis la revalorisation triennale de février 2026, ces plafonds sont fixés à 83 600 € pour les prestations de services et les activités libérales, et 203 100 € pour la vente de marchandises, pour la période 2026-2028 (les anciens 77 700 € et 188 700 € ne sont plus à jour).
Conséquence pratique : si votre SAS vous verse 60 000 € par an, il ne vous reste qu'environ 23 600 € de marge avant de sortir du régime micro — alors même que c'est le régime micro qui rendait le montage intéressant. Et attention à l'autre seuil, souvent atteint bien plus tôt : celui de la franchise de TVA, à 37 500 € (avec une tolérance jusqu'à 41 250 €) pour les prestations de services. Au-delà, vous devez facturer la TVA à votre SAS — qui la récupère, certes, mais le formalisme change.
Ce que recommande un expert-comptable en 2026
La plupart des experts-comptables valident ce schéma sous deux conditions cumulatives : la prestation doit être réelle et le prix doit être de marché. Ils recommandent systématiquement de formaliser par un contrat et de conserver les échanges écrits avec la SAS.
Un point souvent négligé : si vous bénéficiez de l'ACRE sur votre auto-entreprise, l'exonération de cotisations s'applique aussi aux sommes facturées à votre SAS. Mais l'avantage a fondu : un décret du 6 février 2026 a ramené le taux d'exonération de 50 % à 25 % pour les micro-entreprises créées à partir du 1er juillet 2026. Celles créées avant conservent les 50 % sur leurs douze premiers mois. Autrement dit, l'argument « je crée une micro pour facturer ma SAS pendant que l'ACRE tourne » pèse deux fois moins lourd qu'en 2025 : vérifiez le taux qui vous concerne sur notre page dédiée à l'ACRE en micro-entreprise.
Facturation électronique : ce qui change pour ce montage
C'est la nouveauté de cette rentrée, et elle vise précisément votre cas. Une facture émise par votre micro-entreprise vers votre SAS est une opération entre deux entreprises françaises assujetties à la TVA : elle entre donc de plein droit dans le champ de la réforme, même si les deux entités ont le même dirigeant. Le fait de « se facturer soi-même » ne crée aucune exception.
Deux dates à retenir. Au 1er septembre 2026, toutes les entreprises, y compris votre micro-entreprise et votre SAS, doivent être en mesure de recevoir des factures électroniques via une plateforme agréée. Au 1er septembre 2027, votre micro-entreprise devra les émettre — si votre SAS est une grande entreprise ou une ETI, elle, y est déjà tenue depuis septembre 2026.
Il y a là un effet de bord largement positif pour ce montage. Le reproche numéro un de l'administration, on l'a vu, est l'absence de traçabilité : des factures rondes, sans contrat ni livrable, entre deux entités pilotées par la même personne. La facture électronique circule désormais par une plateforme immatriculée, horodatée, avec transmission des données de transaction et de paiement à la DGFiP. Autrement dit : vos flux inter-entités deviennent parfaitement visibles — ce qui est une mauvaise nouvelle si le schéma est fictif, et une bonne si vous avez fait les choses proprement. Un flux régulier, daté et payé dans les délais constitue désormais une pièce de plus à votre dossier.
En résumé
Facturer sa propre SAS depuis son auto-entreprise est légal, fiscalement intéressant et couramment pratiqué. La différence entre un montage sain et un redressement tient à quelques documents : un contrat, des livrables, un prix cohérent.
Pour approfondir la gestion de votre micro-entreprise, consultez notre guide sur les déclarations en micro-entreprise. Pour les règles officielles, le portail entreprendre.service-public.gouv.fr fait référence.

