KBIS, extrait K, attestation RNE : trois documents différents
La confusion vient du vocabulaire. Le KBIS concerne les personnes morales, c'est-à-dire les sociétés commerciales (SARL, SAS, SASU…). Pour les personnes physiques, donc pour les entreprises individuelles, le document équivalent s'appelle extrait K — et il concerne aussi les micro-entrepreneurs.
Autrement dit : vous n'aurez jamais de KBIS, parce que vous n'êtes pas une société. Mais selon votre activité, vous pouvez parfaitement disposer d'un extrait K, qui joue exactement le même rôle de « carte d'identité » de l'entreprise.
Depuis le 1er janvier 2023, un troisième document existe, et c'est le plus utile des trois pour un micro-entrepreneur : l'attestation d'immatriculation au registre national des entreprises (RNE).
Avez-vous un extrait K ? Cela dépend de votre registre
Votre immatriculation se fait en ligne sur le guichet des formalités des entreprises (formalites.entreprises.gouv.fr), opéré par l'INPI. Ce guichet unique a remplacé les centres de formalités des entreprises (CFE), supprimés le 1er janvier 2023. La demande se dépose au plus tôt un mois avant le début d'activité, et au plus tard dans les 15 jours qui suivent.
Le registre sur lequel vous êtes inscrit dépend ensuite de la nature de votre activité :
- Activité commerciale (achat-revente de marchandises, e-commerce, marketplace avec stock propre) : vous êtes inscrit au RNE et au RCS. Vous avez donc un numéro RCS et vous pouvez obtenir un extrait K.
- Activité artisanale ou libérale (fabrication, transformation, réparation, prestations intellectuelles) : vous êtes inscrit au RNE uniquement. Pas de RCS, donc pas d'extrait K — mais une attestation d'immatriculation au RNE.
L'immatriculation est gratuite dans les deux cas. Seuls les agents commerciaux doivent s'immatriculer au registre spécial des agents commerciaux (RSAC), pour 23,21 €.
Attention au raccourci fréquent : ce n'est pas l'URSSAF qui vous immatricule. L'URSSAF est votre interlocuteur pour les cotisations et les déclarations de chiffre d'affaires, pas pour votre existence juridique.
Et si vous cherchez encore l'extrait D1, l'ancien document des artisans : il n'existe plus. Le RNE s'est substitué au Répertoire des métiers le 1er janvier 2023.
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C'est la vraie nouveauté, et elle est encore méconnue. Un arrêté du 29 juillet 2024, publié au Journal officiel le 4 août 2024, a fixé les modalités de délivrance d'une attestation d'immatriculation au RNE par l'INPI (articles A. 123-294 et A. 123-295 du code de commerce).
Ce que ce document apporte :
- Il est gratuit et accessible à tous, sur data.inpi.fr, en recherchant votre nom, votre Siren ou votre Siret.
- Il reprend l'ensemble des informations inscrites au RNE : date d'immatriculation, code APE, activités déclarées, et le capital social le cas échéant.
- Il porte le numéro Siret, qui permet de vérifier électroniquement son authenticité.
- Sauf preuve contraire, il fait foi des informations qu'il contient.
Un équivalent, appelé justificatif ou extrait RNE, est également téléchargeable gratuitement depuis l'Annuaire des entreprises (annuaire-entreprises.data.gouv.fr).
Mieux encore : dans un grand nombre de démarches administratives, communiquer votre numéro Siren suffit. L'extrait K ou KBIS n'est plus exigé, par exemple, pour candidater à un marché public, pour une demande d'autorisation d'exploitation commerciale ou pour l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire. Si vous ne savez pas lequel de vos numéros transmettre, notre guide sur les différences entre Siren et Siret fait le tri.
Un point de vigilance : toute entreprise peut demander que ses données personnelles ne soient pas diffusées publiquement. Si vous avez fait cette demande, votre adresse et votre identité n'apparaîtront pas sur le RNE ni sur l'Annuaire des entreprises — ce qui peut surprendre un client qui tente de vous vérifier.
Activité commerciale : comment récupérer votre extrait K, et à quel prix
Si vous êtes inscrit au RCS, l'extrait K est délivré par le greffe du tribunal de commerce ou du tribunal des activités économiques (TAE), pas par le guichet unique. L'INPI ne peut d'ailleurs pas vous renseigner sur les délais : seuls les greffes traitent la demande.
Les tarifs officiels, loin des idées reçues sur un document coûteux :
- Gratuit pour le dirigeant, via le service d'identité numérique monidenum.fr, géré par les greffes des tribunaux de commerce.
- 3,06 € en transmission électronique via Infogreffe, 4 € par courrier.
- 2,44 € sur place, au greffe.
Quand un extrait K ou KBIS est demandé, il doit dans la plupart des cas dater de moins de 3 mois. C'est la seule vraie contrainte de calendrier à anticiper.
L'attestation de vigilance URSSAF ne prouve pas que votre entreprise existe
C'est la confusion la plus coûteuse, parce qu'elle fait présenter le mauvais document au mauvais moment. L'attestation de vigilance ne certifie pas votre existence juridique : elle certifie que vous êtes à jour de vos déclarations et de vos paiements de cotisations sociales. Ce sont deux démonstrations différentes.
Ce qu'il faut en retenir :
- Elle est obligatoire pour tout contrat d'un montant égal ou supérieur à 5 000 € hors taxes. Ce montant s'apprécie globalement : un contrat de 6 000 € payé en trois fois 2 000 € reste concerné.
- Elle est valable 6 mois et doit être renouvelée pendant toute la durée de la prestation.
- Votre client peut vérifier son authenticité en ligne sur le site de l'URSSAF. Un document retouché se repère immédiatement.
- Elle reste délivrée si vous respectez un plan d'apurement, si vous avez payé vos cotisations sans être à jour des majorations, ou si vous contestez le montant par recours contentieux.
- En revanche, une verbalisation pour travail dissimulé transmise au procureur de la République vous en ferme l'accès.
Le piège, pour une micro-entreprise qui démarre : au début de l'activité, l'URSSAF ne délivre qu'une attestation provisoire. L'attestation de vigilance proprement dite suppose que l'ensemble des formalités de création soient accomplies. Si votre premier contrat dépasse 5 000 €, mieux vaut le savoir avant la signature que le jour où le client bloque le paiement. Nous détaillons la procédure de téléchargement et les blocages fréquents dans notre guide sur l'attestation de vigilance URSSAF en micro-entreprise.
À surveiller également : l'obligation de vigilance du donneur d'ordre va être étendue aux chaînes de sous-traitance « en cascade », et non plus au seul premier sous-traitant. Ces nouvelles obligations s'appliqueront après parution d'un décret, et au plus tard le 27 décembre 2026. Concrètement, davantage de clients vous réclameront ce document, et plus en amont.
L'avis de situation Sirene : utile, mais pas pour tout
Délivré gratuitement par l'INSEE sur avis-situation-sirene.insee.fr à partir de votre Siren ou de votre Siret, l'avis de situation atteste de votre inscription au répertoire Sirene : Siren, Siret, code APE, adresse, date de création.
C'est un document d'identification, pas une preuve d'immatriculation. Pour cette dernière, l'attestation RNE est plus solide. En pratique, les deux se complètent très bien dans un dossier client.
Un réflexe à corriger : toute demande de modification passe par le guichet unique, y compris pour les micro-entrepreneurs, et non par l'INSEE. Si votre adresse ou votre activité est fausse sur l'avis de situation, c'est en amont qu'il faut agir.
Banque : ce qu'on peut légitimement vous demander
Les banques réclament souvent un KBIS par habitude. Transmettez votre attestation d'immatriculation au RNE, votre avis de situation Sirene et, si vous avez une activité commerciale, votre extrait K. Et rappelez-vous une distinction qui change tout : la loi vous impose un compte dédié à votre activité au-delà de 10 000 € de chiffre d'affaires pendant deux années consécutives, pas un compte professionnel tarifé. Un simple compte courant distinct suffit. Les règles précises sont détaillées dans notre page sur le compte bancaire en micro-entreprise.
Pendant l'attente de votre immatriculation, vous n'êtes pas démuni : le récépissé de dépôt de dossier de création d'entreprise (RDDCE), délivré par le guichet unique avec la mention « En attente d'immatriculation », permet d'accomplir les démarches auprès des organismes publics et privés, souscription d'assurances comprise. Sa durée de validité maximale est de 1 mois.
Marchés publics : ce n'est pas un KBIS qu'on vous demandera
La croyance tenace selon laquelle les appels d'offres exigent un KBIS de moins de trois mois est dépassée : le KBIS ne fait plus partie des pièces exigées pour candidater à un marché public. La séquence réelle est la suivante :
- Au stade de la candidature, vous transmettez une déclaration sur l'honneur attestant que vous avez satisfait à vos obligations fiscales et sociales.
- Si votre offre est retenue, vous fournissez alors une attestation de régularité fiscale et une attestation de vigilance.
- Si vous ne pouvez pas les produire, votre candidature devient irrecevable : vous êtes éliminé et c'est le candidat classé en deuxième position qui est sollicité.
Un détail procédural qui fait perdre du temps à beaucoup de micro-entrepreneurs : l'attestation de régularité fiscale dématérialisée, celle que l'on télécharge depuis le compte fiscal professionnel, est réservée aux entreprises soumises à l'impôt sur les sociétés. Une micro-entreprise relève de l'impôt sur le revenu : vous devez donc passer par le formulaire n° 3666-SD, en envoyant le feuillet 1 au service des impôts des entreprises (SIE) et le feuillet 2 au service des impôts des particuliers (SIP). Comptez ce délai postal dans votre rétroplanning.
Bonne nouvelle pour les entreprises récentes : une attestation de régularité fiscale peut être délivrée malgré l'absence d'historique fiscal, sous la forme d'un document standardisé constatant qu'aucune carence ne peut vous être reprochée. Une création récente ne vous interdit donc pas de candidater. Enfin, si le marché atteint 5 000 € HT, l'attestation de vigilance devra être fournie tous les 6 mois jusqu'à la fin de l'exécution.
Quel document pour quelle situation
| Document | Qui le délivre | Coût | Ce qu'il prouve |
|---|---|---|---|
| Attestation d'immatriculation au RNE | INPI (data.inpi.fr) | Gratuit, accessible à tous | Votre immatriculation et les informations inscrites au RNE |
| Extrait K (activité commerciale uniquement) | Greffe du tribunal de commerce ou du TAE | Gratuit via monidenum.fr pour le dirigeant ; 3,06 € en ligne, 4 € par courrier, 2,44 € au greffe | Votre immatriculation au RCS |
| Avis de situation Sirene | INSEE | Gratuit | Votre inscription au répertoire Sirene (Siren, Siret, code APE) |
| Attestation de vigilance | URSSAF | Gratuit | Que vous êtes à jour de vos obligations sociales (valable 6 mois) |
| Attestation de régularité fiscale | DGFiP, formulaire n° 3666-SD en micro-entreprise | Gratuit | Que vous êtes à jour en impôt sur le revenu et en TVA |
| Récépissé de dépôt (RDDCE) | Guichet des formalités des entreprises | Gratuit | Le dépôt de votre dossier, en attente d'immatriculation (1 mois maximum) |
Questions fréquentes
« Puis-je obtenir un KBIS ? » Non : le KBIS est réservé aux sociétés. Avec une activité commerciale, vous obtenez un extrait K, son équivalent pour les personnes physiques. Avec une activité artisanale ou libérale, vous n'êtes pas inscrit au RCS : votre document est l'attestation d'immatriculation au RNE.
« Mon client exige un KBIS, que faire ? » Transmettez votre numéro Siren et votre attestation d'immatriculation au RNE, qui en est l'équivalent et fait foi sauf preuve contraire. L'administration française elle-même ne réclame plus l'extrait K ou KBIS dans de nombreuses démarches.
« Dois-je passer en société pour obtenir un KBIS ? » Ce serait le plus mauvais des motifs. Changer de statut modifie vos cotisations, votre fiscalité et vos obligations comptables ; cela ne se décide pas pour un document téléchargeable gratuitement sous une autre forme.
« Où trouver mon numéro RCS ? » Sur votre extrait K, si vous exercez une activité commerciale. Les activités artisanales et libérales n'en ont pas : c'est le Siren qui sert d'identifiant unique.
Ce qu'il faut faire maintenant
- Téléchargez votre attestation d'immatriculation au RNE sur data.inpi.fr et votre avis de situation sur avis-situation-sirene.insee.fr. Les deux sont gratuits et instantanés.
- Vérifiez que vous pouvez bien générer une attestation de vigilance depuis votre espace URSSAF, avant qu'un client ne vous la demande. Si seule une attestation provisoire apparaît, c'est que des formalités de création restent à finaliser.
- Si votre activité est commerciale, créez votre compte sur monidenum.fr : votre extrait K y est gratuit, à volonté.
- Préparez un dossier type réunissant ces documents, votre attestation d'assurance et vos coordonnées bancaires. C'est ce qui fait gagner une semaine au démarrage d'une mission.
Le KBIS n'est, au fond, qu'un document parmi d'autres — et ce n'est plus celui que l'administration réclame. Savoir lequel présenter, et ce qu'il prouve réellement, vaut mieux que de chercher à obtenir celui qui ne vous concerne pas.

