Qu'est-ce que le Registre des Sociétés Européennes ?
Le Registre des Sociétés Européennes (RSE) se présente comme un organisme officiel chargé de recenser les entreprises actives en Europe. Les courriers envoyés imitent soigneusement la mise en page d'un document administratif : en-tête institutionnel, mentions légales, numéros de référence, et une case à cocher pour valider une "inscription" moyennant le paiement d'une somme allant généralement de 50 à 300 euros.
En réalité, cet organisme n'a aucune existence légale officielle. Il ne dépend ni d'une autorité européenne, ni d'une administration française, ni d'aucun registre public reconnu. Son seul objectif est de vous soutirer de l'argent en jouant sur la confusion avec des organismes réels comme le Registre du Commerce et des Sociétés (RCS) ou le Registre National des Entreprises (RNE).
Comment reconnaître le courrier frauduleux
Les signaux d'alarme à repérer
- Un formulaire pré-rempli avec vos informations d'entreprise (SIREN, adresse, activité) : ces données sont publiques et accessibles sur Infogreffe ou le répertoire SIRENE.
- Un délai de réponse très court (8 à 15 jours) pour créer un sentiment d'urgence artificielle.
- Une formulation ambiguë : le terme "inscription" ou "mise à jour" laisse croire à une obligation légale alors qu'il s'agit d'un simple démarchage commercial, voire frauduleux.
- Un RIB ou une adresse de paiement à l'étranger : souvent en Allemagne, en Autriche ou aux Pays-Bas.
- L'absence de numéro SIREN français pour l'émetteur, ou un numéro qui ne correspond à aucune entité reconnue.
Le mécanisme de la tromperie
Le procédé est simple mais efficace. En bas du courrier, en petits caractères, figure souvent une mention du type : "Ce document est une offre commerciale optionnelle. Le paiement n'est pas obligatoire." Cette précision, volontairement noyée dans le texte, vise à se prémunir contre toute poursuite judiciaire. Mais la présentation générale du document induit délibérément en erreur.
Ces sociétés misent sur le fait que les nouveaux micro-entrepreneurs ne connaissent pas encore toutes leurs obligations légales et supposent qu'un tel courrier est forcément officiel. C'est pourquoi les envois surviennent souvent dans les semaines suivant la création de l'entreprise, quand l'entrepreneur est submergé de formalités réelles.
Les organismes officiels que vous devez réellement connaître
Pour ne plus jamais confondre, voici les seuls registres et organismes auxquels un micro-entrepreneur français est légalement tenu de s'adresser :
- Le Registre National des Entreprises (RNE) : géré par l'INPI, c'est le registre officiel auprès duquel toute entreprise française est immatriculée via le guichet unique des formalités des entreprises.
- L'URSSAF : pour les déclarations de chiffre d'affaires et le paiement des cotisations sociales.
- La Direction des Finances Publiques : pour les obligations fiscales (TVA, impôt sur le revenu).
- La Chambre des Métiers et de l'Artisanat (CMA) : pour les activités artisanales nécessitant une immatriculation au Répertoire des Métiers.
Aucun de ces organismes ne vous enverra un courrier vous réclamant un paiement par chèque ou virement à l'étranger sans procédure en ligne officielle préalable. En cas de doute, consultez directement service-public.fr, le portail officiel de l'administration française.
Ce que dit la loi sur ces pratiques
En France, ces courriers peuvent relever de plusieurs qualifications juridiques :
- La pratique commerciale trompeuse (article L121-2 du Code de la consommation) : toute pratique qui crée une confusion avec un organisme officiel est susceptible de sanctions pénales.
- L'escroquerie (article 313-1 du Code pénal) : si la tromperie est suffisamment caractérisée, des poursuites pour escroquerie sont envisageables.
- Le démarchage abusif : certaines de ces sociétés opèrent depuis l'étranger, ce qui complique les poursuites mais ne les rend pas impossibles.
La DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) a publié plusieurs alertes sur ces pratiques et encourage les victimes à signaler les faits sur la plateforme SignalConso.
Que faire si vous avez reçu ce type de courrier ?
Ne payez pas
La première règle est de ne rien payer. Si vous avez déjà renvoyé le formulaire sans effectuer le paiement, vous n'êtes soumis à aucune obligation contractuelle valide : le consentement a été vicié par la tromperie sur la nature réelle du document.
Signalez l'arnaque
Plusieurs options s'offrent à vous :
- SignalConso (signal.conso.gouv.fr) : plateforme officielle de signalement des fraudes à la consommation.
- Pharos (internet-signalement.gouv.fr) : pour les arnaques en ligne.
- Votre chambre consulaire (CCI ou CMA) : qui peut diffuser des alertes à ses membres.
- La gendarmerie ou la police : si vous avez effectué un paiement, déposez plainte immédiatement.
Si vous avez payé
Contactez immédiatement votre banque pour tenter une opposition ou un remboursement par rétrofacturation (chargeback). Déposez plainte auprès des autorités. Conservez le courrier original comme pièce à conviction.
Ce type d'arnaque s'inscrit dans un phénomène plus large
Le Registre des Sociétés Européennes n'est pas un cas isolé. D'autres courriers similaires circulent sous des noms variés : "Répertoire des Entreprises Françaises", "Annuaire des Sociétés Européennes", "Base de données PME", etc. Le principe est toujours identique : exploiter l'aspect officiel d'un document pour pousser un entrepreneur à payer une prestation sans valeur.
Ces pratiques touchent aussi bien les auto-entrepreneurs que les sociétés (SASU, EURL), mais les micro-entrepreneurs restent particulièrement ciblés en raison du volume de créations et de leur moindre exposition aux formalités administratives au démarrage.
Pour vous prémunir contre ces arnaques à la création, consultez notre article sur les arnaques courriers à la création d'entreprise. Et si vous souhaitez mieux comprendre les coûts réels liés au lancement de votre activité, notre guide sur combien coûte l'ouverture d'une micro-entreprise fait le point sur les seules dépenses légitimes.
Comment se tenir informé et se protéger durablement
La meilleure protection reste l'information. Voici quelques réflexes à adopter dès la création de votre micro-entreprise :
- Référencez les organismes officiels avec lesquels vous interagirez réellement (URSSAF, DGFIP, INPI) et méfiez-vous de tout autre expéditeur.
- Vérifiez le numéro SIREN de tout organisme qui vous sollicite sur le répertoire SIRENE (sirene.fr).
- Ne renvoyez jamais un formulaire avant d'avoir identifié clairement son émetteur.
- Rejoignez des réseaux d'auto-entrepreneurs (forums, groupes, syndicats) qui alertent rapidement sur les nouvelles arnaques en circulation.
- Configurez une adresse email dédiée à votre activité pour mieux distinguer les communications officielles.
Connaître les plafonds de la micro-entreprise et les obligations réelles qui y sont associées est aussi un moyen efficace de ne pas se laisser surprendre par des démarches fictives : si vous savez ce que vous devez faire et à qui, vous saurez immédiatement quand quelque chose ne correspond pas.
Conclusion
Le Registre des Sociétés Européennes est une arnaque documentée qui exploite la méconnaissance des formalités administratives. Aucune obligation légale française ou européenne ne vous impose de vous inscrire auprès de cet organisme ou d'un équivalent non officiel. En cas de doute, la règle d'or est simple : vérifiez systématiquement l'existence et la légitimité de tout organisme qui vous sollicite avant d'agir.
Signalez, ne payez pas, et transmettez l'information autour de vous. C'est ainsi que ces pratiques finissent par reculer.

