Les conditions pour avoir droit aux prestations maternité
Une micro-entrepreneuse qui attend un enfant peut percevoir deux prestations distinctes et cumulables, versées par sa caisse d'assurance maladie : une allocation forfaitaire de repos maternel et des indemnités journalières forfaitaires. Depuis l'intégration de l'ancienne Sécurité sociale des indépendants au régime général, c'est votre CPAM qui gère le dossier.
Deux conditions ouvrent le droit, selon l'Assurance Maladie :
- 6 mois d'affiliation en tant que travailleuse indépendante à la date prévue de l'accouchement (et non dix mois, chiffre qui circule encore) ;
- cesser toute activité professionnelle pendant la période indemnisée, et au moins pendant 8 semaines (56 jours), dont 6 semaines (42 jours) après l'accouchement.
Il n'existe pas de seuil de chiffre d'affaires en dessous duquel le droit serait fermé. En revanche, vos revenus déterminent le montant versé : c'est le point que la plupart des micro-entrepreneuses découvrent trop tard (voir plus bas le cas des revenus faibles).
Si vous exerciez auparavant une autre activité professionnelle ou si vous étiez indemnisée par l'assurance chômage, ces périodes peuvent être prises en compte, à condition qu'il n'y ait pas eu d'interruption entre les affiliations.
Le montant des prestations en 2026
L'allocation forfaitaire de repos maternel : 4 005 €
Son montant est égal à la valeur mensuelle du plafond de la Sécurité sociale en vigueur à la date du premier versement, soit 4 005 € au 1er janvier 2026. Elle est versée pour moitié au début du congé et pour moitié à la fin de la période obligatoire de 8 semaines. Si l'accouchement a lieu avant la fin du 7e mois de grossesse, la totalité est versée après la naissance.
Les indemnités journalières : jusqu'à 65,84 € par jour
Contrairement à une idée répandue, l'indemnité journalière n'est pas un forfait identique pour toutes. Elle est calculée à partir de vos revenus cotisés, que l'Urssaf transmet à votre caisse (vous n'avez aucun justificatif de revenus à envoyer), et elle est plafonnée à 1/730 du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 65,84 € par jour au 1er janvier 2026. Elle est versée pour chaque jour d'arrêt, dans la limite des durées légales du congé.
Comme un salaire, ces indemnités sont soumises à la CSG, à la CRDS et à l'impôt sur le revenu.
Le piège des revenus faibles : 10 % du montant
C'est la règle qui change tout pour une activité qui démarre ou qui tourne au ralenti. Lorsque votre revenu d'activité annuel moyen des 3 dernières années civiles est inférieur à 10 % de la moyenne du plafond annuel de la Sécurité sociale sur ces trois années, soit 4 582 € en 2026, les deux prestations tombent à 10 % de leur montant :
- allocation forfaitaire de repos maternel : 400,50 € au lieu de 4 005 € ;
- indemnité journalière : 6,584 € par jour au lieu de 65,84 € au maximum.
Le calcul porte sur une moyenne de trois ans : une très bonne année ne suffit pas toujours à compenser deux années faibles. Si vous avez exercé auparavant une autre activité, salariée par exemple, l'Assurance Maladie indique qu'il est possible de percevoir des indemnités au titre de cette ancienne activité, via le téléservice « Demande de réétude de dossier indemnités journalières » sur demarches-simplifiees.fr.
Exemple chiffré
Prenons une micro-entrepreneuse qui attend son premier enfant et prend la totalité des 16 semaines (112 jours), avec des revenus suffisants pour atteindre le plafond de l'indemnité journalière :
- indemnités journalières : 112 × 65,84 € = 7 374,08 € ;
- allocation forfaitaire : 4 005 € ;
- total maximal : 11 379,08 € bruts.
Si elle s'arrête seulement les 8 semaines minimales (56 jours), le total descend à 3 687,04 € + 4 005 € = 7 692,04 €. Et si son revenu moyen des trois dernières années est inférieur à 4 582 €, les mêmes 16 semaines ne rapportent plus que 112 × 6,584 € + 400,50 € = 1 137,91 €, soit environ dix fois moins. Pour estimer votre propre situation, l'Assurance Maladie met à disposition un simulateur d'indemnités journalières maternité et paternité sur ameli.fr.
La durée du congé maternité
Le congé comprend une période prénatale et une période postnatale. Sa durée maximale dépend du nombre d'enfants attendus et du nombre d'enfants déjà à charge :
| Situation | Avant la naissance | Après la naissance | Total |
|---|---|---|---|
| 1er ou 2e enfant | 6 semaines | 10 semaines | 16 semaines (112 jours) |
| Au moins 2 enfants déjà à charge | 8 semaines | 18 semaines | 26 semaines (182 jours) |
| Jumeaux | 12 semaines | 22 semaines | 34 semaines (238 jours) |
| Triplés ou plus | 24 semaines | 22 semaines | 46 semaines (322 jours) |
Vous pouvez prendre un congé plus court que ce maximum, mais jamais moins de 8 semaines dont 6 après l'accouchement si vous voulez être indemnisée. Pendant toute la période indemnisée, aucune activité dans votre micro-entreprise n'est possible : pas de facturation, pas de prestation, même ponctuelle. Les sommes perçues alors que vous travailliez peuvent vous être réclamées.
Quelques aménagements existent. Sur prescription médicale, vous pouvez reporter jusqu'à 3 semaines de congé prénatal sur la période postnatale ; la demande se fait par écrit à votre caisse au plus tard la veille de la date initialement prévue. En cas d'accouchement prématuré, la date de fin du congé reste inchangée : le congé prénatal non pris s'ajoute à la période postnatale. Il n'existe en revanche aucun congé spécifique pour allaitement.
Le congé pathologique
Lorsque la grossesse présente des risques ou des complications, votre médecin peut prescrire, une fois la grossesse déclarée, un congé pathologique en plus du congé maternité. Côté prénatal, il peut atteindre 30 jours au maximum (une période de 15 jours, deux périodes de 15 jours, ou une période de 30 jours). Une période de 15 jours peut aussi être prescrite après la naissance. Le carnet de maternité contient l'imprimé dédié à la déclaration d'un état pathologique.
Les démarches à effectuer
Déclarez votre grossesse auprès de votre caisse d'assurance maladie et de votre Caf avant la fin du 3e mois : c'est aussi une condition de la prime à la naissance. Si vous remplissez les conditions d'ouverture de droits, votre caisse vous envoie un carnet de maternité, qui regroupe tous les imprimés utiles (déclaration de maternité, rectification des dates, état pathologique, report du congé prénatal, naissance prématurée, hospitalisation de l'enfant).
Pour déclencher l'indemnisation, faites remplir par votre médecin ou votre sage-femme l'attestation médicale constatant le début du congé, puis adressez-la à votre caisse avec une attestation sur l'honneur de cessation d'activité. Renseignez bien la durée totale du congé que vous comptez prendre : l'Assurance Maladie insiste sur ce point pour le versement des indemnités.
Pendant le congé, vos obligations déclaratives continuent : déclarez votre chiffre d'affaires à l'Urssaf chaque mois ou chaque trimestre, même s'il est nul. Une déclaration oubliée expose à une pénalité et à une taxation d'office, sans rapport avec votre chiffre d'affaires réel.
Reporter ses cotisations pendant le congé
Peu de micro-entrepreneuses le savent : depuis la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2019, l'article L. 131-6-1-1 du code de la sécurité sociale permet aux travailleuses indépendantes en congé maternité ou d'adoption de reporter leurs cotisations et contributions sociales pendant toute la durée du congé. Ce report peut être assorti d'un plan d'apurement de 12 mois, pouvant aller jusqu'à 24 mois. La démarche se fait auprès de l'Urssaf.
Le nouveau congé supplémentaire de naissance
C'est la nouveauté de 2026. Un congé supplémentaire de naissance peut être pris depuis le 1er juillet 2026 par chacun des parents d'un enfant né ou adopté depuis le 1er janvier 2026, y compris lorsqu'ils sont travailleurs indépendants. Il s'ajoute aux congés de maternité, de paternité et d'adoption :
- durée maximale de 2 mois par parent, fractionnable en 2 périodes d'un mois ;
- à prendre à la suite des congés existants ou dans les 9 mois suivant la naissance ; pour un enfant né entre le 1er janvier et le 30 juin 2026, jusqu'au 31 mars 2027 ;
- condition : 6 mois d'affiliation à la date de début du congé, et suspension de l'activité ;
- indemnisation 2026 : 46,09 € bruts par jour le premier mois (70 % de 65,84 €) et 39,50 € le second mois (60 %) ; si votre revenu moyen des 3 dernières années est inférieur à 4 582 €, l'indemnité est de 6,58 € par jour sur les deux mois.
La demande se dépose en ligne via le service « Demande de congé supplémentaire de naissance », au plus tard la veille du début du congé, avec l'extrait d'acte de naissance, la période choisie, la date du dernier jour travaillé et une attestation de suspension de l'activité. Les deux parents peuvent le prendre en même temps ou l'un après l'autre.
Le congé paternité du conjoint micro-entrepreneur
Si l'autre parent est lui aussi travailleur indépendant, il peut prendre un congé de paternité et d'accueil de l'enfant de 25 jours au maximum (32 jours en cas de naissances multiples), et non 28 jours :
- une première période obligatoire de 7 jours, qui débute le jour de la naissance ;
- une seconde période facultative de 18 jours (25 jours en cas de naissances multiples), fractionnable en trois parties d'au moins 5 jours chacune, à prendre dans les 6 mois suivant la naissance.
L'indemnité journalière forfaitaire est de 65,84 € par jour en 2026, sous condition de 6 mois d'affiliation et d'une déclaration sur l'honneur d'interruption de toute activité. Elle est elle aussi réduite à 10 % lorsque les revenus sont inférieurs à 4 582 € par an.
Les prestations familiales de la Caf
Les prestations de la Paje ne dépendent pas de votre statut professionnel, mais pour deux d'entre elles de vos ressources (revenu net catégoriel de 2024 pour les droits 2026) :
- prime à la naissance : 1 093,11 € nets, versée pendant la grossesse, avant le dernier jour du mois civil suivant le 6e mois (et non après la naissance) ; plafond de ressources de 49 054 € pour un couple avec deux revenus et un enfant à charge, l'enfant à naître comptant pour un ;
- allocation de base : 198,16 € par mois à taux plein ou 99,08 € à taux partiel selon vos revenus et votre situation familiale, due à partir du mois suivant la naissance et jusqu'au mois précédant les 3 ans de l'enfant ;
- prestation partagée d'éducation de l'enfant (PreParE) : versée si vous réduisez ou cessez votre activité pour vous occuper de votre enfant, sans condition de ressources.
Ces aides sont exonérées d'impôt sur le revenu. Pour les autres dispositifs mobilisables autour d'une création ou d'une baisse d'activité, consultez notre panorama des aides financières pour auto-entrepreneurs.
Préparer son activité et ses finances
L'exemple chiffré le montre : même au plafond, les prestations maternité couvrent mal un chiffre d'affaires habituel élevé, et elles s'effondrent sous 4 582 € de revenu moyen. Trois leviers se préparent bien avant le terme.
Anticiper avec vos clients. Prévenez vos clients réguliers plusieurs mois à l'avance, terminez ou livrez ce qui peut l'être avant votre départ, et, si votre activité le permet, orientez-les vers un confrère de confiance pendant votre absence. Vous ne pourrez pas facturer pendant la période indemnisée : tout ce qui est encaissé avant votre départ compte double.
Constituer une réserve. Chiffrez vos charges fixes personnelles et professionnelles sur la durée de l'arrêt (loyer, crédits, assurances, abonnements) et comparez-les au montant estimé de vos prestations. Suspendre les abonnements et les dépenses publicitaires non indispensables réduit l'écart.
Regarder du côté de la prévoyance. Un contrat de prévoyance complémentaire peut améliorer l'indemnisation en cas d'arrêt ; la logique est proche de celle d'une mutuelle santé pour micro-entrepreneur, et à étudier avant la grossesse plutôt que pendant.
Enfin, au retour, rien ne vous impose de reprendre à plein régime : une montée en charge progressive reste l'un des rares avantages du statut. Gardez simplement en tête que les indemnités journalières s'arrêtent dès que l'activité reprend.

