Micro-entreprise ou portage : vous n'achetez pas la même chose
En micro-entreprise, vous êtes chef d'entreprise : vous facturez, vous encaissez, vous déclarez votre chiffre d'affaires (CA) et vous portez le risque. En portage salarial, vous restez indépendant commercialement — vous trouvez vos clients, vous fixez vos prix — mais vous signez un contrat de travail avec une société qui facture à votre place et vous verse un salaire.
La relation est tripartite : vous, la société de portage, l'entreprise cliente. Point contre-intuitif : la société de portage ne doit pas vous fournir de travail. Ce n'est ni une agence d'intérim, ni un apporteur d'affaires. Si on vous promet des missions, vous n'êtes plus dans le cadre légal du portage.
Le chômage : c'est là que se joue la décision
C'est l'écart le plus net entre les deux statuts. Le salarié porté bénéficie de l'assurance chômage comme n'importe quel salarié, et peut cumuler l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) avec ses revenus de missions. Le micro-entrepreneur, lui, ne cotise pas à l'assurance chômage.
Il existe bien un filet pour les indépendants, l'allocation des travailleurs indépendants (ATI), mais il est étroit. Son montant est forfaitaire : 26,30 € par jour pendant 182 jours, soit 4 786,60 € sur environ six mois (19,73 € par jour si vos derniers revenus étaient plus faibles). Les conditions sont cumulatives : une cessation subie (liquidation ou redressement judiciaire, ou activité non viable avec une baisse de revenus d'au moins 30 %), deux ans d'activité non salariée sans interruption dans la même entreprise, des ressources personnelles sous 651,69 € par mois et un revenu d'activité supérieur à 10 000 € sur l'une des deux dernières années.
Cette dernière condition piège beaucoup de micro-entrepreneurs, car le revenu retenu n'est pas le CA mais le CA diminué de l'abattement fiscal : 34 % en libéral, 50 % en artisanal, 71 % en commercial. En libéral, il faut donc avoir encaissé au moins 15 152 € de CA sur une année (10 000 ÷ 0,66) pour franchir la barre ; en commercial, plus de 34 480 € (10 000 ÷ 0,29). Exercée en complément d'un autre revenu, une micro-entreprise n'ouvre quasiment jamais de droits. Si vous créez en sortie d'emploi, vos droits viennent de votre passé de salarié : c'est l'enjeu du maintien de l'ARE pendant la création.
Ce que chaque statut prélève sur ce que vous facturez
Les deux prélèvements ne sont pas comparables terme à terme, et c'est l'erreur la plus fréquente. En micro-entreprise, les cotisations se calculent directement sur le CA encaissé : depuis le 1er janvier 2026, le taux global est de 25,6 % pour les bénéfices non commerciaux (BNC) du régime général et de 23,2 % pour les affiliés à la Cipav (Caisse interprofessionnelle de prévoyance et d'assurance vieillesse). Sur 60 000 € encaissés, cela fait 15 360 € de cotisations, sans aucune déduction de frais.
En portage, la société prélève d'abord des frais de gestion, puis les cotisations patronales et salariales s'appliquent sur ce qui reste. Aucun texte ne fixe le niveau de ces frais : ils se négocient librement. La loi impose en revanche la transparence : le mode de calcul doit figurer dans votre contrat de travail, et la société doit vous remettre chaque mois un compte d'activité détaillant le versement du client, les frais de gestion, les frais professionnels, les prélèvements sociaux et fiscaux et votre rémunération nette. Exigez ce détail avant de signer, pas après.
Pour l'ordre de grandeur, prenez un taux hypothétique de 8 % : sur 60 000 € facturés, cela ferait 4 800 € de frais de gestion, soit 400 € par mois — avant la moindre cotisation. Opposer ces 8 % aux 25,6 % de la micro n'a donc aucun sens : en portage, le prélèvement total est forcément plus lourd, parce que vous achetez autre chose — un bulletin de paie, des congés payés, une retraite de salarié, une prévoyance et des droits au chômage.
Le portage garantit un minimum, mais seulement quand vous travaillez
Le portage impose un plancher de rémunération, ce que la micro-entreprise ne fait pas. La rémunération mensuelle minimale brute totale ne peut pas être inférieure à 2 517,13 €. Elle combine un salaire garanti pendant les périodes travaillées — 2 288,30 € pour un salarié porté junior hors forfait jours, 2 451,75 € pour un senior, 2 778,65 € au forfait jours — et une réserve financière pour les inter-missions : 10 % du salaire de base de la dernière mission en contrat à durée indéterminée (CDI), ou une indemnité de précarité en contrat à durée déterminée (CDD).
Le mot décisif est « travaillées » : les périodes sans prestation auprès d'une entreprise cliente ne sont pas rémunérées. Le portage sécurise ce que vous facturez, pas ce que vous ne facturez pas.
Plafonds : la micro a un mur, le portage n'en a pas
La micro-entreprise est bornée : pour 2026, 2027 et 2028, votre CA annuel hors taxes ne doit pas dépasser 83 600 € en prestations de services et activités libérales, ou 203 100 € en vente de marchandises. Le portage salarial, lui, ne connaît aucun plafond.
Traduit en jours de mission, c'est plus parlant : un consultant à 500 € par jour atteint les 83 600 € au bout de 168 jours facturés (83 600 ÷ 500 = 167,2). À 200 jours facturés, il est à 100 000 € et le régime ne tient plus. À ce niveau, la vraie question n'est plus micro ou portage, mais celle du choix entre SASU et entreprise individuelle.
Tout le monde ne peut pas passer en portage
La micro-entreprise est ouverte à presque tous ; le portage est réservé et encadré. Pour être salarié porté, vous devez justifier d'une qualification professionnelle de niveau 5 (bac + 2) au minimum, ou d'une expérience significative d'au moins trois ans dans le même secteur d'activité.
Les activités éligibles sont limitées. Les prestations de services à la personne — garde d'enfants, travaux ménagers, soutien scolaire, jardinage chez un particulier — sont interdites en portage salarial. Côté entreprise cliente, le recours reste cantonné aux tâches occasionnelles ne relevant pas de son activité normale et permanente, ou à une expertise ponctuelle dont elle ne dispose pas ; la prestation ne peut pas excéder 36 mois. Sortir de ce cadre l'expose à une amende de 3 750 €, portée à 7 500 € et six mois d'emprisonnement en cas de récidive — ce qui explique bien des refus côté client.
Comment trancher
Trois questions suffisent le plus souvent. Quel volume facturez-vous ? Sur une activité modeste ou saisonnière, frais de gestion et cotisations salariales rendent le portage difficile à rentabiliser ; au-delà du plafond micro, l'arbitrage se règle seul. Avez-vous besoin de droits au chômage à court terme ? La micro ne vous en donnera pas, et l'ATI ne joue pas ce rôle. Combien de temps voulez-vous passer sur l'administratif ? En micro, vous gérez factures, relances et déclarations ; en portage, vous déléguez et vous payez pour cela.
Un dernier réflexe, pour ne pas comparer un statut idéalisé à un statut réel : relisez les avantages et inconvénients de la micro-entreprise avant de conclure qu'elle vous dessert. Et si vous penchez pour le portage, faites chiffrer plusieurs sociétés : à prestation identique, frais de gestion et services inclus varient fortement. Buroservices, société de portage salarial, fait partie des acteurs auprès desquels demander une simulation de revenu net à mettre en regard des autres devis.

